Quand
un véhicule noir s'arrêta devant moi j'étais dans un état
d'hébétude avancée. Le chauffeur me dit «montez!» De sa vitre
ouverte je voyais son profil, avec un nez recourbé, tel un aigle
fondant sur sa proie, on m'a toujours dit depuis des temps
immémoriaux de me méfier des inconnus et de ne pas monter dans une
voiture si on me le proposait, mais je dois dire que je fus tenter par un je ne sais quoi de séduisant chez cet homme mais surtout il
avait l'air de me connaître. Il dit cette phrase absolument
étonnante «L'instant est une fulgurance à ne pas manquer, l'amour
une tache bleue sur le noir de la nuit, dès qu'on le reconnaît il
s'enfuit, s'il vous plaît, montez!» Il avait un sourire inquiétant.
C'est ainsi que j'ai pris ce véhicule. Le reste est une autre
histoire.
mercredi 10 février 2016
lundi 8 février 2016
Tourne
«Tourner
au coin de la rue à deux pâtés de maison vous trouverez!» Et
c'est là au coin de la rue que je me suis trouvée dans une autre
ville et que je me suis égarée! J'ai tourné longtemps et marché
dans des quartiers inconnus de couleur grise comme dans les rêves, avec des courants d'air froid qui s’engouffraient dans des
traboules noires . De vieilles boutiques d'artisans aujourd'hui
disparus, cordonnier, étameur, mercier, droguiste, papeterie, bazar,
boulangerie. Tous les gens de ces échoppes avaient l'air sortis d'un
film des années 60, si bien que à chaque pas je me demandais si je
ne rêvais pas. Puis j'atterris sur un port et c'est vraiment là que
je me dis que quelque chose n'allait pas. La mer ne pouvait être là!
M'avait-on drogué?
dimanche 7 février 2016
C'est presque
C'est
presque la fin de l'hiver mais il s'attarde encore. Cette nuit une
tempête de vent a fait rage, on dit fait rage mais c'est bien cette
sensation que j'ai eu ,comme si le vent voulait démonter la maison, pierre après pierre. Le vent avec sa force terrible nous fait
entendre le réel de la nature devant quoi on se sent impuissant. On
dit aussi une colère noire et cela me fait pense au livre de
Ta-Neshu Coates «Une colère noire, lettre à mon fils»sur sa
révolte au sujet de la situation des noirs. J'aimerai que sa colère
soit aussi puissante que le vent et je pense à cela la nuit où le
vent souffle et que je ne dors pas.
samedi 6 février 2016
Celui ou celle qui dit oui
On
dit oui depuis la naissance, aux parents, aux maîtres, aux profs,
aux patrons, au directeurs, aux chefs des partis, aux prêtres, aux
dignitaires, aux avocats, aux administrations, mais dans son cœur
sont empilés tous les "nons". On est ainsi bien formaté bien dirigé
bien gentil bien pensant mais les "nons" ne demandent qu'à être réveillé, activé comme une bombe à retardement. Je me souviens, mon père me
laissait jouer rêver lire discuter, il me lisait des bandes
dessinées. Je le trouvais libre mais il ne l'étais pas et je ne
l'étais pas non plus. Aujourd'hui je ne le suis pas mais j'essaye de
prendre plus les chemins de liberté même si je compose encore
souvent avec le "oui-oui" pour m'en sortir.
vendredi 5 février 2016
Vêtement (Trois jours en un)
Quel
vêtements allez vous porter aujourd'hui? Question idiote si l'on y
songe et je pourrai répondre ça me regarde mais je vais tout de
même répondre. Je porterai un vêtement d'hiver avec du gris et du
noir, un vêtement décontracté et ample qui n'enserre pas le corps
où je pourrai bouger marcher danser courir à ma guise. On ne
distinguera pas les formes du corps mais j'aime me cacher dans mes
vêtements, j'aime me dissoudre dans l'ombre, regarder la foule des
gens et me fondre en elle. Je suis le passe muraille des châteaux
d'antan, hanté par les rires par les airs de psaltérion et de
cymbalum.
mercredi 3 février 2016
Nous sommes deux
Nous sommes deux
Nous sommes deux
Huit heures vont bientôt sonner.
Éteins la lampe, le gardien frappe
Ce soir ils reviendront nous voir.
L'un va devant, l'un va devant
Et les autres suivent derrière
Puis le silence et puis voici
La même chanson qui revient
L'un va devant, l'un va devant
Et les autres suivent derrière
Puis le silence et puis voici
La même chanson qui revient
Ils frappent deux
Ils frappent trois
Ils frappent mille vingt et trois
Tu as mal, toi
Et j'ai mal, moi
Qui de nous deux a le plus mal?
C'est l'avenir qui le dira
Nous sommes deux
Nous sommes trois
Nous sommes mille vingt et trois
Avec le temps, avec la pluie
Avec le sang qui a séché
Et la douleur qui vit en nous
Qui nous transperce et qui nous cloue
Nous sommes deux
Nous sommes trois
Nous sommes mille vingt et trois
Avec le temps, avec la pluie
Avec le sang qui l'a séché
Et la douleur qui vit en nous
Qui nous transperce et qui nous cloue
Notre douleur nous guidera
Nous sommes deux
Nous sommes trois
Nous sommes mille vingt et trois
mardi 2 février 2016
Coup
Tous
les matins je prends mon déjeuner devant mon rectangle de verdure.
Là s'élance mes collines sous une lumière laiteuse. Chaque fois, cela me fait un coup au cœur, un coup de bonheur. Ce bonheur me
suffit. Cela pourrait être les collines d’Écosse ou d'Irlande,
l'herbe verte du Wyoming. Il faudrait juste imaginer la mer derrière.
Mais il y a seulement ce petit rectangle vert, où je pose les yeux le
matin. Je reste alors en suspend dans le début du jour, frappé par le bonheur d'être, devant ce tableau qui ne part pas, qui
m'appartient et qui durera toujours tant que durera la vie. Je n'ai
jamais connu ça avant mais la longue attente n'était pas inutile.
Un jour on vit ce qu'on a toujours voulu vivre et on ne le savait pas.
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