vendredi 8 avril 2016

Laissez passer les petits papiers

Petits papiers qu'on a laissé s'envoler, passer au dessus de nos têtes. Des mots trop importants, qu'on a oublié. Partis dans les nuages, dans le ciel bleu, on ne pourra les rattraper. Il fallait les laisser filer, comme on laisse la vie s'enfuir, se dérober, s'esquiver sans cesse, quand on croit la fixer sur les pages d'un carnet, effeuillé lentement au fil des ans. Ces phrases écrites à la va vite, illisibles, sur un bout de table, au bord des larmes, dans une lumière fragile et tremblante. Que reste-t-il, un peu de poussière au bout des doigts, légère trace de notre mémoire enfuie.

mercredi 6 avril 2016

Le temps qu'il fait

Pause en ville plus longue que prévue, je suis sur un banc de cette place, sous un arbre en fleur et il fait beau. Des enfants jouent au ballon, des pigeons s'envolent, les arbres font des bouquets d'ombre sur la pelouse toute neuve, d'un vert vif. Les voitures attendent au feu rouge. Les trams animent la grande rue. Il fait beau. Banalité de la ville et beauté de l'instant. Cela vient de la lumière, des fleurs, du vert tendre des feuilles, de la douceur de l'air. Le beau temps transforme l'ordinaire de la vie en beauté. S'arrêter et goûter. Le bonheur est un hold-up permanent, çà se pique, ça se vole.


mardi 5 avril 2016

Un mot que j'ai écrit

Difficile de choisir dans les centaines de mots écrits depuis des mois. Pourquoi celui-ci, plutôt que celui-là. Le choix ferait des jaloux! Les autres mots vont s'indigner! Devant cette éventualité je reste dans l'expectative et l'incapacité à mettre un mot en avant. Si je prends «équilibre» je pourrai dire aux autre mots que l'important c'est leur agencement, leur équilibre dans le texte, le balancement des phrases, l'accentuation d'un verbe, d'une répétition. Donc je choisirai équilibre et je n'entendrai pas la rumeur de révolte. J'aurai sauvé ma peau, avec une pirouette, j'aurai évité un complot, voir même la guerre des mots.

lundi 4 avril 2016

Ceux que l'on porte



Ils sont en nous tout le temps, tellement présents, tout le temps, parfois de façon légère, d'autrefois ils alourdissent notre pas. Ils ne nous quittent pas, jamais, c'est ainsi, ce sont eux qui nous ont faits, ils sont dans notre chair, c'est nous qui les faisons désormais par les souvenirs, les images. Parfois on ploie un peu la tête et s'échappent de nous un chapelet de moments heureux. On les laisse partir alors en paix jusqu'à la prochaine fois, où ils enchaîneront nos pieds ou nous lieront les mains.

Photo:  Charlotte Salomon artiste peintre
             1917-1943


dimanche 3 avril 2016

Ce que l'on porte

Les cartables au long des années d'école puis de collège, puis de lycée où ils deviennent des sacs informes, des boges remplis de livres inutiles et ennuyeux, si lourds de l'impossibilité d'apprendre. La mémoire se dérobe, sauf pour quelques poésies pour la musique et le dessin. Ce que l'on porte, sur le dos, à bout de bras, dans des mains fragiles qui se déforment à la fin. Les sacs de courses, que l'on transportent immuablement du super marché à la voiture, de la voiture à la maison. Tous les enfants portés comme un trésor au creux des bras, au cœur des mains, sans jamais faillir. 

samedi 2 avril 2016

Signature

Écrire serait une signature en mouvement, avec tous ces aspects de soi égrenés et changeants; un renoncement à soi pour devenir autre chose, un espace libre, une échappée du quotidien. Dans cette plage blanche on peut intégrer tout ce qu'on a rencontré dans le jour, les choses, les animaux, les êtres, la nature, le ciel, la nuit, la rivière, l'océan, les absorber en soi puis les restituer sur la feuille de papier, en mots éparpillés, fracassés. Un chemin de vacance, de vacuité, d'errance. Un chemin d'enfance, un chemin de joie de solitude et d'absolue nécessité où l'on rencontre son ombre parfois. On apprend à marcher avec elle.

vendredi 1 avril 2016

Un pur mensonge

Un pur mensonge qui ne s'achève jamais, quand on broie dans se main nue les restes de la nuit, alors on croit encore au héros de naguère celui sur son destrier qui avance tenant tête aux monstres, aux cauchemars, à la mort même. Ce héros est toujours là, au fond d'un lourd sommeil. Il est beau comme les chevaliers d'antan, il n'a pas d'armure, son courage lui sert de bouclier et il lutte contre le mal ,toujours. Son drapeau c'est le bien, ses armoiries ce sont paix amour et vérité. Il avance! le roi des rois! Il pourrait écrire sur sa tête des paroles sages, que l'on entendraient, par de là le temps et l'orage.  

* Aujourd'hui, quatre jours en un